L'espérance chrétienne[1].

« De nouveaux cieux et une nouvelle terre »

Culte Josué. 18 Juin 2006

 

 

Lectures : Apocalypse 21 :1-4 : « Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus. Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. »

Matthieu 6:10   : « que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

L'espérance chrétienne ne consiste pas simplement à « aller au ciel après la mort », mais à attendre de « nouveaux cieux et une nouvelle terre », intégrés l'un à l'autre.

Le point de vue classique : les chrétiens affirment régulièrement leur espérance en disant qu'ils iront « au ciel après leur mort ». Cela est exprimé dans les cantiques, les prières, les sermons… « L'éternité » existe, bien qu'elle n'ait pas le moindre rapport avec l'espace et le temps ; un jour, nous connaîtrons cette existence éternelle, que ce soit le ciel ou l'enfer, qui n'aura presque rien de commun avec la présente terre et son histoire.

Ce point de vue, largement admis, est loin d'être attesté par le Nouveau Testament, comme on pourrait le croire. Ce point de vue est au minimum trompeur, et au pire gravement dommageable pour une saine foi chrétienne ; il doit être mis en concurrence avec une description plus biblique. Nous suggérons, avec le Nouveau Testament, que les chrétiens attendent un ciel nouveau, ou renouvelé, et une terre nouvelle, ou renouvelée, intégrés l'un à l'autre. Telle est l'espérance chrétienne.

  1. Fondements bibliques : préparation du terrain.

Jésus et les écrivains du Nouveau Testament avaient peu à dire sur le thème « aller au ciel après la mort »… D'où vient donc cette conviction ?

    1. L'expression « royaume des cieux ». On la retrouve fréquemment dans l'évangile de Matthieu, « hériter le royaume des cieux ». Cette expression ne correspond pas à un lieu appelé « ciel » où l'on va après la mort, surtout si on le conçoit comme un lieu différent du monde présent. Cette expression signifie plutôt « le fait que Dieu règne ». L'attente du royaume est révolutionnaire : Dieu sera ROI, et tous les rois autoproclamés et les pseudos rois seront remis à leur place. On trahit l'évangile lorsqu'on s'en sert pour ériger cette forteresse de pensée « aller au ciel après la mort », le sermon sur la montagne étant le moyen d'y arriver.

    1. La « vie éternelle ». Expression fréquente chez Paul et Jean. Mais ce terme ne signifie pas « existence continue », ou « état d'intemporalité », ou « tracée linéaire continuant toujours »… Dans son contexte juif, la phrase se réfère très certainement à « la vie dans l'âge à venir ». L'âge présent déboucherait sur l'âge à venir. Une des croyances importantes des premiers chrétiens est que Dieu avait déjà commencé « l'âge à venir », bien que l'âge présent continuât aussi. L'ordre mondial nouveau que Dieu a voulu établir avait, croyaient-ils, déjà commencé, et ceux qui appartenaient à Christ y étaient déjà entrés.
    1. « Le salut réservé pour vous dans les cieux ». 1Pierre 1 :4 parle d'un « héritage qui ne peut ni se corrompre, ni se souiller, ni se flétrir, et qui vous est réservé dans les cieux, à vous qui êtes gardés en la puissance de Dieu, par la foi pour le salut prêt à être révélé dans les derniers temps. » On est tenté de lire ce passage en pensant à un lieu, qu'il faut s'y rendre pour jouir de cet héritage. Le « ciel », dans la Bible, n'est pas habituellement une référence à un état futur, mais à l'action divine dans la réalité présente. Ainsi le salut vous est réservé dans les cieux, de telle sorte qu'il vous soit apporté des cieux là où vous êtes, et que vous puissiez en jouir là. Un peu à la manière d'un parent qui, à la veille de Noël, assure à son enfant « qu'il y a bien un cadeau réservé pour lui dans le placard ». Cela ne signifie pas qu'à partir du jour de Noël, l'enfant vivra dans le placard pour jouir de son cadeau, mais qu'au temps approprié, le cadeau sera tiré de son lieu secret pour enrichir la vie de l'enfant dans le monde de sa vie réelle, et pas simplement dans celui du placard.

    1. « Notre citoyenneté est céleste ». Cette manière de lire 1 Pierre 1 est renforcée par un autre passage du NT : Philippiens 3 : 19-21 : « Notre cité dans les cieux ». Qu'est ce  que cela signifie ? Ou Galates 4 : 21-31  qui parle de la Jérusalem « qui est en haut ». Ces deux passages évoquent la réalité présente qui doit être informée, influencée, dirigée par la mère patrie, mais ils ne suggèrent pas qu'il faille s'échapper de cette réalité.

    1. Marc 13 : le soleil, la lune, les étoiles - et Jérusalem. Il s'agit de la chute de Jérusalem, et non la fin du monde spatio-temporel… Nombreuses métaphores.

    1. Apocalypse 21 : La Cité céleste. L'Apocalypse ne traite pas du « futur » comme on le perçoit généralement… Or il s'agit de la réalité présente (idem pour Apocalypse 4 et 5 où les anciens jettent leurs couronnes devant le trône de Dieu) : il s'agit de la description de la création qui adore Dieu. Un grand nombre de descriptions courantes du « ciel » conçues simplement comme un état futur (peut-être même quelque part dans le ciel), sont, de manière semblable, de mauvaises lectures du merveilleux langage imagé qu'utilise l'Apocalypse pour décrire l'aspect céleste de la réalité présente. L'Apocalypse ne correspond pas davantage à une sorte de publicité pour voyage guidé du ciel, indiquant « ce à quoi ressembleront les choses quand vous y serez ». C'est plutôt une ouverture sur ce qui est constamment vrai dans la réalité selon Dieu, dont le terme  biblique est « ciel ». Que dit l'Apocalypse sur le futur ? Une chose certaine, à savoir que la réalité céleste est, comme un cadeau dans le placard, une sécurité future pour le peuple de Dieu. Et ce futur, selon Apocalypse 21, n'est pas que ce peuple s'échappera vers le ciel, mais que la Jérusalem céleste descendra du ciel, donc que Dieu demeurera avec ses créatures humaines, et que, finalement, le ciel et la terre ne seront pas séparés, mais, en étant renouvelés, seront intégrés l'un à l'autre. La grande affirmation d'Apocalypse 21 et 22 est l'unification finale du ciel et de la terre.

    1. Pour conclure cette partie, soulignons le fait que les passages du NT qui soutiendraient tout naturellement l'idée « d'aller au ciel après la mort » ne le font pas en réalité. Ils montrent plutôt du doigt le ciel de Dieu, la vie de Dieu, la dimension de Dieu, tout imprégnée du monde présent, produisant finalement des cieux nouveaux ou renouvelés et une terre nouvelle ou renouvelée, intégrés l'un à l'autre.
  1. Fondements bibliques : Romains 8.

La théologie biblique défend avec force le renouveau du ciel et de la terre.

Cf Esaïe 66 :22 : « Comme le nouveau ciel et la nouvelle terre que je vais faire subsisteront par- devant moi, l'Eternel le déclare, ainsi subsisteront votre postérité et votre nom ».

Romains 8 :18-28 : nous voyons ici que le renouvellement de l'alliance de Dieu s'accomplit dans le renouveau de la nature créée par Dieu. En Romains 4 :13 : « En effet, ce n'est pas par la loi que l'héritage du monde a été promis à Abraham ou à sa postérité, c'est par la justice de la foi. »  Paul dit que la promesse à Abraham et à sa postérité étaient qu'ils hériteraient, non pas de la terre, mais du monde, du COSMOS. Quand Dieu fera pour son peuple ce qu'il se propose de faire pour lui, le cosmos entier, la création entière, seront aussi renouvelés. Le désert et la terre stérile le célèbreront.

En Romains 8 :18-27, le motif de l'exode que Paul a appliqué au peuple de Dieu en 8 :12-17 est maintenant au cosmos entier : la création entière sera « libérée de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu ». Tel est le complément du motif de l'exode, qui traverse plusieurs chapitres de l'épître aux Romains, et pas seulement le chapitre 6, où l'on voit le peuple de Dieu traverser les eaux (le baptême en parallèle avec la Mer Rouge), et être ainsi libéré de l'esclavage « le péché en parallèle avec l'Egypte), et où il lui est donné, non pas la Torah cette fois, mais l'Esprit. Et c'est l'Esprit qui les conduira dans leur terre promise, le cosmos renouvelé et libéré.

Ce n'est pas là une théologie dans laquelle les être humains sont libérés d'une existence spatio-temporelle et s'enfuient vers un « salut » détaché du monde créé. Le cosmos a été affecté par le péché (Genèse 1 à 3), mais la libération du peuple de Dieu est liée à la  joie éprouvée par toute la création : Esaïe 40 à 55. Cf : Es 55 :12-13 : « Oui, vous sortirez avec joie, Et vous serez conduits en paix; Les montagnes et les collines éclateront d'allégresse devant vous, Et tous les arbres de la campagne battront des mains. Au lieu de l'épine s'élèvera le cyprès, Au lieu de la ronce croîtra le myrte; Et ce sera pour l'Eternel une gloire, Un monument perpétuel, impérissable. »

Paul dit que nous n'avons pas à laisser le Cosmos et trouver un salut ailleurs…La théologie biblique pointe fermement en direction de la libération du ciel et de la terre, plus que vers un salut évasion. Le monde nouveau sera plus réel, plus solide matériellement que le monde présent (cf Lewis, le grand divorce)…Nous devrions nous considérer comme des ombres par rapport à ce que nous serons dans le plan de Dieu.

  1. Le « ciel » comme dimension divine de la réalité présente.

Un chrétien doit comprendre le ciel non pas comme un « lieu éloigné du monde présent » mais plutôt comme un aspect, normalement gardé secret, de la réalité présente. (Cf Nikita Khrouchtchev qui proclame la non existence de Dieu parce que les premiers astronautes n'avaient pas trouvé Dieu au ciel.  En fait, le ciel, c'est l'aspect divin de la réalité. Cf 2 Rois 6 :15-19 : Elisée et son serviteur sont encerclés par l'armée Syrienne…. « Seigneur, ouvre ses yeux » prie Elisée… Le serviteur voit la montagne pleine de chevaux et de chars de feux… C'est un dévoilement soudain de ce qui a toujours été là, mais normalement invisible. Lorsqu'on lit « je vis les cieux ouverts » (comme en Apoc 4 :1), cela ne signifie pas que le prophète a une sorte de télescope spirituel grâce auquel il peut voir, à des kilomètres de distance, dans le ciel, une porte ouverte, lui permettant de jeter un œil sur le « ciel » lui-même. Lorsque ce qui est d'ordinaire invisible devient visible, nous avons le ciel ! La conception biblique est celle d'un Dieu constamment présent, qui respire avec le monde et qui donne son propres « souffle » à ses créatures humaines, qui nourrit les petits corbeaux quand ils l'appellent, etc..

  1. La signification de la résurrection.

Mentalement, on remplace souvent le mot « résurrection » par « vie après la mort », désincarnée. L'idée de résurrection n'évoque pas simplement une « simple » survie de l'homme, le reste du cosmos étant abandonné. Avec le christianisme primitif, la résurrection  de Jésus semble avoir suscité l'affirmation du règne du seul vrai Dieu sur le monde entier. Le message du christianisme primitif ne se résumait ni à la destruction du monde et à la fuite comme meilleure solution, ni à une vie future et le moyen d'accession à sa version plus heureuse ; son message était que la monde entier appartenait au seul vrai Dieu qui appelait à la fidélité et à l'obéissance ses sujets longuement rebelles.

  1. Synthèse des différents points de vue.

Si nous parlons simplement « d'aller au ciel après la mort », il s'ensuivra des conséquences problématiques : risque de cultiver une vie « spirituelle » au détriment du fait d'assumer sa responsabilité dans le monde de Dieu. Cela favorise un point de vue individualiste du salut. L'idée de s'évader du monde vers un ciel non spatio-temporel encourage à avoir une attitude non biblique envers la création, de telle sorte qu'avoir une activité écologique, économique, sont des attitudes considérées comme une sorte de compromis avec le monde…

  1. Résurrection et immortalité.

L'espérance juive, qui transparaît dans plusieurs textes, est la suivante : ceux qui souffrent et qui meurent disparaîtront et les méchants célèbreront leur triomphe sur eux ; mais ils sont en repos avec Dieu et se lèveront de nouveau pour régner sur la création renouvelée de Dieu. Les expressions du NT « partir et être avec Christ » ou « vivre avec Dieu » est, pour les auteurs du NT une manière d'exprimer une étape provisoire, jusqu'à ce que Dieu restaure toutes choses, et redonne à son peuple une vie corporelle, au sein de sa nouvelle création.

  1. Conclusion.

Quelles sont les conséquences d'une telle construction de l'espérance chrétienne ? Cette conception de la création met l'accent sur la bonté du monde de Dieu, et sur l'intention que Dieu a de le renouveler. Cela nous donne donc, toutes les motivations possibles, ou au moins toutes les motivations chrétiennes, pour travailler au renouvellement de la création de Dieu et pour l'établissement de la justice à l'intérieur de la création de Dieu. Pourtant nous ne construisons pas le royaume par nos propres efforts. Ne tombons pas dans cette erreur. Ce que nous faisons, ici et maintenant, est plutôt en vue de l'avancement du Royaume de Dieu.

C'est ce dont parle Paul en 1 Corinthiens 3 : 10-15 : « Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, j'ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus. Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ. Or, si quelqu'un bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l'oeuvre de chacun sera manifestée; car le jour la fera connaître, parce qu'elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu'est l'oeuvre de chacun. Si l'oeuvre bâtie par quelqu'un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense. Si l'oeuvre de quelqu'un est consumée, il perdra sa récompense; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu ». Il y a une continuité entre notre œuvre dans le monde présent et le royaume futur de Dieu, même s'il faut passer à travers le feu pour aller de l'un à l'autre.

Cela est clairement suggéré en 1 Co 15 :58 : « Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l'oeuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur ».La conclusion de l'immense exposé sur la résurrection que fait Paul n'est pas une explosion de joie face à la gloire de la vie à venir, mais une sobre exhortation à travailler pour le royaume dans le présent, parce que nous savons que nos œuvres ici ne sont pas vaines dans le Seigneur. En d'autres termes, la foi en la résurrection, si elle suppose une période de vie désincarnée dans le Seigneur (1Co 15 :29), valide et encourage l'œuvre et le témoignage de la présente vie chrétienne. On ne croit pas que la création soit mauvaise, mais qu'elle est bonne, bien qu'ayant besoin d'être restaurée et renouvelée par un puissant acte de Dieu, semblable à la résurrection de Jésus.

L'espérance chrétienne ne peut pas, par conséquent, tomber dans l'individualisme : mon « salut » et moi…

L'expression « aller au ciel » doit signifier, pour nous, « aller avec Dieu et avec Christ jusqu'à ce que le temps vienne où Dieu fera de nouveaux cieux et une nouvelle terre et donnera aux humains les nouveaux corps appropriés aux citoyens de son royaume.

L'espérance chrétienne est celle d'une vie entière, recréée, dans la présence et l'amour de Dieu, une création totalement renouvelée, un ciel et une terre intégrés, et une humanité épanouie, non pas pour elle-même comme une entité isolée, mais dans l'adoration et l'amour pour Dieu, épanouie dans l'amour les uns pour les autres, dans la gestion du monde de Dieu, et ainsi, et seulement dans ce contexte global, une humanité pleinement elle-même. Bien sûr, la plus glorieuse caractéristique de la création renouvelée, des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, sera la présence personnelle de Jésus lui-même. « Quand il sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est ». 1 Jean 3 : 2.


[1] Prédication qui s'appuie  aussi  sur  l'ouvrage de N.T Wright « Nouveaux cieux, nouvelle terre ». Ed Kerygma et l'article « the earth » du « New International Old Testament Theology and Exegesis.